Julien Beaumont
Julien Beaumont
Consultant détection & continuité
| · 13 min de lecture

Des infostealers volent les sessions Claude depuis le 30 août — les 4 réflexes que j’impose désormais à nos 38 clients PME

Poste de travail compromis illustrant le vol de jetons de session par un infostealer
Résumer cet article avec : Google News ChatGPT Claude Perplexity

TL;DR

  • • Détecté le 30 août 2026, annoncé le 31 : des infostealers volent les cookies de session Claude et accèdent aux comptes sans mot de passe ni double authentification.
  • La plateforme n’a pas été compromise. Le vol a lieu sur des postes infectés : Vidar, LummaC2, StealC, RedLine, Acreed, Atomic Stealer (AMOS).
  • • Votre 2FA fonctionne et il est hors sujet : il protège l’ouverture de session, pas un jeton déjà émis et rejoué ailleurs.
  • • Sur nos 38 clients PME, 26 n’avaient aucun inventaire de leurs comptes IA professionnels — ni de ce qui y a transité.
  • 4 réflexes : révoquer les sessions (10 min), EDR surveillé (2 j), durée de session courte (1 j), inventaire des comptes IA (3 j).

Le 30 août 2026, des comptes Claude ont commencé à consommer du quota pendant que leurs propriétaires ne les utilisaient pas. Le 31, Anthropic a publié un avertissement : des logiciels dérobeurs d’informations — des infostealers — volaient des cookies de session actifs sur les postes des utilisateurs et s’en servaient pour accéder aux comptes.

Point essentiel, et souvent mal repris : la plateforme n’a pas été compromise. Le vol s’est produit sur des machines d’utilisateurs infectées par des logiciels qu’ils avaient eux-mêmes installés. Anthropic a déconnecté les comptes touchés, retiré les moyens de paiement enregistrés et remboursé les débits identifiés comme non autorisés.

Les familles identifiées sont des noms que nous croisons toutes les semaines en réponse à incident : Vidar, LummaC2, StealC, RedLine, Acreed et Atomic Stealer (AMOS) côté macOS. Rien d’exotique, rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est la cible.

Pourquoi votre double authentification n’a rien empêché

C’est le point que nous passons le plus de temps à expliquer, y compris à des équipes techniques solides.

La double authentification protège l’ouverture d’une session. Une fois que vous vous êtes authentifié, le service vous remet un jeton — concrètement un cookie — qui dit « cette personne a déjà prouvé son identité ». Ce jeton accompagne ensuite chaque requête, et c’est bien lui, et non votre mot de passe, qui vous maintient connecté.

Un infostealer ne cherche donc plus vos identifiants depuis déjà plusieurs années. Il prend le jeton. Rejoué depuis une autre machine, ce jeton ouvre la session sans mot de passe et sans second facteur, puisque l’authentification a déjà eu lieu et que le service n’a aucune raison de la redemander.

Autrement dit : votre 2FA fonctionne parfaitement, et il est hors sujet. La question n’est pas la robustesse de l’authentification mais la durée de vie et la portée du jeton qu’elle produit.

Le réflexe qui change tout

Si un utilisateur signale que son quota a « baisé tout seul », ne cherchez pas un bogue de facturation : traitez-le comme une suspicion de compromission de poste. C’est exactement le signal qu’Anthropic a décrit, et c’est souvent le seul que vous aurez. Un vol de session ne produit ni alerte de connexion, ni échec d’authentification, ni rien de ce que surveillent vos tableaux de bord.

Vol de session — la chaîne complète, sans mot de passe ni 2FA 1. Poste infecté téléchargement, crack, extension, faux installeur 2. Vol du cookie jeton de session actif extrait du navigateur 3. Rejeu ailleurs session reprise telle quelle, le 2FA n’est jamais sollicité 4. Usage quota consommé, données lues Ce que le 2FA ne protège pas Le second facteur est vérifié à la création de la session, pas à chaque requête. Un jeton volé après coup rejoue une authentification déjà validée. Familles observées : Vidar, LummaC2, StealC, RedLine, Acreed, Atomic Stealer (AMOS)

Notre avis d’expert nº 1 : le compte IA est devenu un actif sensible sans que personne ne le décide

Nous accompagnons 38 PME françaises en sécurité opérationnelle. Dans les jours qui ont suivi l’annonce, nous avons posé une question simple à chacune : combien de comptes d’assistants IA professionnels existent chez vous, et qui les détient ?

26 sur 38 n’avaient aucune réponse. Pas une réponse approximative : aucune liste, aucun inventaire, aucune idée de l’ordre de grandeur.

Ce n’est pas de la négligence. C’est la conséquence d’une adoption par le bas : les comptes ont été ouverts un par un, souvent sur abonnement personnel remboursé en note de frais, sans passer par la direction informatique. Trois ans plus tard, ces comptes contiennent des historiques de conversation où se trouvent des extraits de contrats, du code source, des données clients et des documents internes.

Un compte d’assistant IA a donc discrètement acquis la valeur d’une boîte aux lettres professionnelle, sans jamais être traité comme telle. Personne n’a pris cette décision, et c’est bien le problème.

Vous ne savez pas combien de comptes IA existent dans votre entreprise ?

Nous cartographions les comptes d’assistants IA professionnels, leur détenteur, leur mode de paiement et les données qui y ont transité. Trois jours, livrable exploitable par la direction. Téléphone : +33 6 32 64 24 80.

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Notre avis d’expert nº 2 : la bonne réponse est sur le poste, pas sur le service

La réaction spontanée a été, chez plusieurs de nos clients, de s’interroger sur la sécurité du fournisseur. C’est le mauvais endroit où regarder.

Le jeton a été volé sur le poste de travail. Il aurait pu être celui de votre messagerie, de votre outil de gestion commerciale, de votre banque en ligne ou de votre hébergeur — et dans les faits, ces mêmes infostealers prennent tout ce qu’ils trouvent dans le navigateur, en une seule passe. L’épisode Claude est une illustration, pas une spécificité.

La conséquence pratique est rassurante : vous n’avez pas à construire une politique de sécurité par service. Vous avez à traiter le poste de travail, ce qui protège tous les services d’un coup. Les entreprises qui disposaient d’une détection sérieuse sur les postes n’ont rien eu à faire de particulier cette semaine.

Les 4 réflexes que nous imposons désormais

1. Révoquer toutes les sessions actives — 10 minutes

La première chose à faire, avant toute enquête. La plupart des services proposent une action « déconnecter partout » qui invalide l’ensemble des jetons émis. C’est exactement ce qu’Anthropic a fait de son côté pour les comptes touchés.

Faites-le sur vos services critiques, même sans indice de compromission. Le coût est une reconnexion pour vos utilisateurs ; le bénéfice est l’annulation de tout jeton déjà volé et pas encore utilisé.

2. Une détection réelle sur les postes — 2 jours

Un antivirus classique ne suffit plus depuis longtemps contre ces familles, qui se renouvellent trop vite. Il faut une solution de détection et réponse sur les terminaux, correctement déployée et surtout surveillée par quelqu’un. Une console que personne ne regarde produit des alertes qui ne servent à rien. Notre méthode de choix est détaillée dans notre guide comment choisir un EDR.

3. Réduire la durée de vie des sessions — 1 jour

C’est le réglage le plus négligé et l’un des plus efficaces. Beaucoup de services autorisent des sessions de plusieurs semaines par confort. Si votre outil permet de fixer une durée maximale et une réauthentification périodique pour les actions sensibles, faites-le : vous ne rendez pas le vol impossible, vous réduisez fortement la fenêtre pendant laquelle le jeton reste utile.

4. Inventorier les comptes IA professionnels — 3 jours

Sans cet inventaire, aucune des trois mesures précédentes n’est mesurable, puisque vous ignorez sur quoi les appliquer. Listez les comptes, leur détenteur, le mode de paiement, et surtout le type de données qui y a transité. Cette dernière colonne est celle qui intéresse votre direction et, le cas échéant, votre délégué à la protection des données.

Les 4 réflexes — effort contre couverture Réflexe 1 — révoquer les sessions 10 min — couverture immédiate Réflexe 2 — EDR sur les postes 2 jours — détection en amont Réflexe 3 — durée de session courte 1 jour — réduit la fenêtre Réflexe 4 — inventaire des comptes IA 3 jours — sans lui, rien n’est mesurable 38 PME accompagnées — 26 n’avaient aucun inventaire des comptes IA professionnels

Notre avis d’expert nº 3 : la question RGPD arrive juste après, et personne ne l’a anticipée

Un point que nos clients découvrent en deuxième temps, souvent avec une certaine pâleur.

Si un tiers a accédé à un compte contenant un historique de conversations dans lequel figurent des données personnelles — noms de clients, dossiers RH, échanges contractuels — il ne s’agit plus seulement d’un vol de quota. Il s’agit d’un accès non autorisé à des données personnelles, avec les obligations d’analyse et, selon la gravité, de notification qui en découlent.

Or la plupart des entreprises sont incapables de dire ce qui se trouvait dans ces historiques, parce que personne n’a jamais considéré qu’un assistant conversationnel était un lieu de stockage. C’est précisément pour cette raison que la quatrième colonne de l’inventaire — la nature des données — n’est pas bureaucratique : c’est elle qui déterminera votre analyse le jour venu. Si votre périmètre relève par ailleurs de NIS2, notre page audit de périmètre NIS2 précise comment ces accès entrent dans le champ.

La plateforme n’a pas été piratée. C’est le poste de l’utilisateur qui l’a été, et le jeton volé a fait le reste. Tant qu’on cherchera la faille chez le fournisseur, on regardera au mauvais endroit. — Julien Beaumont, WebGuard Agency

Ce qu’il ne faut pas faire

Deux réactions que nous avons vues cette semaine et que nous avons déconseillées dans les deux cas.

  • Interdire les assistants IA. Cela ne supprime pas le risque, cela le déplace vers des comptes personnels sur lesquels vous n’aurez plus aucune visibilité. Le problème n’est pas l’outil, c’est le poste infecté.
  • Changer de fournisseur. La même famille de logiciels dérobe les jetons de tous les services ouverts dans le navigateur. Migrer ne fait que déplacer le compte volé, au prix d’une migration.

Sur le versant purement technique — comment un poste de développement se fait infecter par une dépendance ou une extension piégée — les analyses publiées par d-open.org sur la chaîne d’approvisionnement logicielle complètent utilement ce tableau. Et sur la gouvernance des accès aux fournisseurs de modèles en entreprise, les retours publiés par Plug-Tech abordent la même question du côté de l’intégration.

À faire cette semaine, dans l’ordre

  1. Révoquer les sessions actives sur vos services critiques. Dix minutes, aucun prérequis.
  2. Demander à vos utilisateurs si leur quota a diminué sans usage. C’est le seul signal disponible, et il vient d’eux.
  3. Vérifier la couverture EDR sur les postes, y compris macOS — Atomic Stealer figure explicitement dans la liste.
  4. Lancer l’inventaire des comptes IA professionnels, avec la colonne « nature des données ».

Commencez par la révocation, pas par l’enquête

Dix minutes pour invalider tous les jetons déjà émis sur vos services critiques. C’est la seule mesure qui agit sur un vol déjà commis mais pas encore exploité. Le reste peut attendre demain. Téléphone : +33 6 32 64 24 80.

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FAQ

Mon mot de passe a-t-il été volé ?

Pas nécessairement, et c’est ce qui rend l’épisode déroutant. Les infostealers concernés ciblent en priorité les cookies de session, qui permettent d’accéder au compte sans connaître le mot de passe ni déclencher le second facteur. Changez-le tout de même, mais surtout révoquez les sessions actives : un changement de mot de passe seul n’invalide pas toujours les jetons déjà émis, et c’est l’erreur la plus fréquente.

La double authentification est-elle donc inutile ?

Non, elle reste indispensable. Elle empêche l’ouverture d’une session par quelqu’un qui aurait vos identifiants, ce qui reste le scénario le plus courant. Ce qu’elle ne couvre pas, c’est le vol d’une session déjà ouverte, puisque l’authentification a déjà eu lieu. Les deux protections sont complémentaires : le 2FA pour l’entrée, la maîtrise des sessions pour la durée.

Comment savoir si nous avons été touchés ?

Le signal principal est celui qu’Anthropic a décrit : une consommation de quota pendant des périodes d’inactivité, ou des limites qui semblent se recharger puis se vider sans usage. Côté entreprise, cherchez sur vos postes les traces des familles citées et, s’il y en a, considérez que tous les comptes ouverts dans le navigateur de ce poste sont compromis, pas seulement celui de l’assistant IA.

Faut-il interdire les assistants IA en entreprise ?

Nous le déconseillons. L’interdiction déplace l’usage vers des comptes personnels échappant à toute visibilité, ce qui aggrave la situation que vous cherchez à corriger. La réponse proportionnée est un inventaire des comptes, une détection correcte sur les postes et une durée de session maîtrisée — trois mesures qui protègent au passage tous vos autres services.

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