Ransomwares 2026 : comment protéger votre PME en 5 étapes concrètes
LockBit 4.0 est de retour. BlackCat/ALPHV revendique des dizaines d'entreprises françaises. Play chiffre les serveurs de PME en quelques heures. En 2026, les ransomwares ne ciblent plus uniquement les grandes entreprises — les TPE et PME représentent désormais 60 % des victimes en France. Ce guide vous donne les 5 étapes techniques concrètes pour rendre votre entreprise résiliente, avec les outils, les coûts, et les procédures d'urgence.
Bryan
Expert delivery et équipes offshore
Le 14 février 2026, une PME de logistique basée à Lyon — 47 salariés, 8 millions d'euros de chiffre d'affaires — se réveille avec l'ensemble de ses serveurs chiffrés. Fichiers clients, bons de commande, données comptables, logiciels métier : tout est inaccessible. La note de rançon affiche 180 000 € en Bitcoin. Le groupe Play revendique l'attaque 48 heures plus tard en publiant un extrait de leur base de données sur le dark web.
Ce scénario, nos équipes l'ont vu se reproduire plus de 30 fois en 2025-2026 uniquement sur nos dossiers de réponse à incident. Ce n'est pas un problème réservé aux multinationales. En 2026, les PME et ETI françaises de 10 à 250 salariés représentent 60 % des victimes de ransomware sur le territoire, selon le panorama de la cybermenace publié par l'ANSSI en début d'année. Elles sont ciblées précisément parce qu'elles disposent de données de valeur (comptes bancaires, fichiers clients, données de production) mais investissent peu en cybersécurité.
Ce guide n'est pas un catalogue de bonnes intentions. C'est un plan d'action en 5 étapes avec des outils concrets, des budgets réalistes et des procédures testées sur le terrain. Vous pouvez commencer à le mettre en œuvre cette semaine.
1. Le Paysage Ransomware en 2026 : Groupes, Méthodes et Chiffres Clés
Pour se défendre efficacement, il faut comprendre à qui on a affaire. Les groupes ransomware de 2026 ne sont plus des hackers solitaires dans un garage. Ce sont des organisations criminelles structurées, avec des équipes RH, des portails de support client pour leurs victimes, et des partenaires d'affiliation.
Les groupes actifs qui ciblent les entreprises françaises
Après l'opération Cronos d'Europol et du FBI en février 2024 qui avait temporairement démantelé l'infrastructure de LockBit 3.0, le groupe a reconfiguré ses opérations sous le nom LockBit 4.0. Plus résilient, avec des nœuds de commandement distribués sur onze pays, il reste en 2026 le groupe ransomware le plus prolixe au monde. Sa technique signature : l'exfiltration de données avant chiffrement (double extorsion), couplée à un délai de publication sur son site de fuite pour maximiser la pression. En France, LockBit cible en priorité les cabinets comptables, les ETI industrielles et les prestataires informatiques — des cibles à fort effet de levier via leurs accès clients.
BlackCat, aussi connu sous le nom ALPHV, se distingue par sa sophistication technique : son ransomware est écrit en Rust, cross-platform (Windows, Linux, VMware ESXi), et capable de chiffrer des machines virtuelles à la volée. Le groupe pratique la triple extorsion — chiffrement des données, menace de publication publique, et DDoS simultané sur le site de la victime pour aggraver l'interruption de service. Suite à la saisie de son infrastructure par le FBI en décembre 2023, BlackCat a effectué une exit scam sur ses affiliés avant de se reconstituer sous de nouvelles enseignes. Ses affiliés restent actifs en Europe de l'Ouest, notamment dans les secteurs de la santé et des services financiers.
Play (aussi appelé PlayCrypt) est actif depuis 2022 et figure parmi les groupes les plus actifs en France depuis 2025. Sa méthode d'entrée favorite : l'exploitation de vulnérabilités dans les équipements exposés (FortiOS, Microsoft Exchange, Citrix), suivie d'un mouvement latéral discret de plusieurs semaines avant le déclenchement du chiffrement. Play ne maintient pas de portail de négociation public — la communication se fait par email chiffré, ce qui complique la gestion de crise. Les PME industrielles, collectivités locales et entreprises de services sont ses cibles privilégiées sur le territoire français.
Les chiffres que tout dirigeant doit connaître
+37 %
d'augmentation des attaques ransomware en France entre 2024 et 2025 (ANSSI)
387 000 €
coût moyen total d'un incident ransomware pour une PME française (rançon + remédiation + pertes)
21 jours
durée moyenne d'indisponibilité des systèmes après une attaque ransomware
60 %
des PME victimes d'une attaque ransomware déposent le bilan dans les 18 mois
Le vecteur d'entrée numéro un reste le phishing (dans 68 % des cas selon le CERT-FR), suivi de l'exploitation de vulnérabilités dans des services exposés sur internet (VPN, RDP, Exchange) et de la compromission de prestataires informatiques tiers (attaques de type supply chain). La bonne nouvelle : ces trois vecteurs sont tous maîtrisables avec les mesures décrites dans ce guide.
2. Étape 1 — Sauvegardes Robustes : la Règle 3-2-1-1
Sans sauvegardes fonctionnelles, toutes les autres mesures de sécurité ne font que réduire la probabilité d'une attaque. En cas de compromission, elles ne permettent pas la récupération. C'est pourquoi les sauvegardes constituent la priorité absolue — et paradoxalement la mesure la plus souvent négligée ou mal implémentée dans les PME.
La règle 3-2-1-1 est le standard minimal recommandé par l'ANSSI et les experts en réponse à incident :
- 3 copies de vos données critiques au total
- 2 supports différents (par exemple : serveur local + NAS, ou serveur + cloud)
- 1 copie hors site physiquement distante (datacenter distant, cloud géographiquement séparé)
- 1 copie air-gappée — physiquement déconnectée du réseau, inaccessible depuis le système d'information en opération normale
Ce dernier point est crucial. De nombreux ransomwares modernes passent plusieurs semaines à cartographier le réseau avant de déclencher le chiffrement. Pendant ce temps, ils infectent aussi les sauvegardes accessibles depuis le réseau. Une copie air-gappée sur bandes LTO, disques durs hors ligne ou stockage cloud immuable est la seule garantie absolue d'une copie propre.
Outils recommandés pour les PME
Veeam Backup & Replication
Solution de référence en entreprise, Veeam propose une édition Community Edition gratuite jusqu'à 10 workloads protégés — ce qui couvre la majorité des PME de moins de 20 salariés. La version Community inclut la déduplication, la compression, les sauvegardes en mode image (bare metal restore), et la gestion des snapshots VMware/Hyper-V. Pour des environnements plus importants, Veeam Essentials (à partir de 700 € pour 3 sockets) ajoute la réplication, les alertes et le reporting centralisé. La fonctionnalité Veeam Immutable Backup permet de créer des sauvegardes immuables sur des dépôts S3 Object Lock compatibles (AWS, Backblaze B2, Wasabi) — une copie que même un administrateur compromis ne peut pas supprimer avant l'expiration d'une période définie.
Coût : gratuit (Community) → 700 €/an (Essentials 3 sockets) → 2 400 €/an (Standard)
Acronis Cyber Protect
Alternative à Veeam avec une approche tout-en-un intégrant sauvegarde, antivirus (moteur Bitdefender intégré), et gestion des patches. Particulièrement adapté aux PME sans équipe IT dédiée grâce à son interface simplifiée. La protection active contre les ransomwares en temps réel surveille les comportements de chiffrement suspects et peut restaurer automatiquement les fichiers affectés. Disponible en SaaS, ce qui élimine la gestion d'infrastructure serveur pour les sauvegardes.
Coût : à partir de 85 €/endpoint/an (Advanced Backup) ou 65 €/endpoint/an (Essentials)
Point critique souvent oublié : testez vos restaurations régulièrement. Une sauvegarde non testée est une fausse assurance. Nous recommandons un test de restauration complet trimestriel sur un environnement isolé, avec mesure du RTO (Recovery Time Objective) réel. La plupart des PME que nous accompagnons après un incident découvrent que leurs sauvegardes étaient soit incomplètes, soit corrompues, soit impossibles à restaurer dans un délai acceptable.
Définissez également vos objectifs de reprise avant de choisir une solution : combien d'heures de données êtes-vous prêt à perdre (RPO — Recovery Point Objective) ? En combien de temps devez-vous être opérationnel (RTO) ? Ces chiffres guident le choix de la fréquence de sauvegarde et de la technologie.
3. Étape 2 — Segmentation Réseau pour Limiter la Propagation
La segmentation réseau est la mesure qui transforme un incident catastrophique en incident maîtrisable. Dans un réseau plat (flat network) où toutes les machines communiquent librement entre elles, un poste utilisateur compromis permet au ransomware de se propager à l'ensemble de l'infrastructure en quelques minutes via des protocoles comme SMB ou RPC. Dans un réseau segmenté, la propagation est bloquée au niveau du segment infecté.
Le protocole SMBv1 (vulnérable à EternalBlue, l'exploit utilisé par WannaCry) doit être désactivé immédiatement sur tous vos postes et serveurs si ce n'est pas déjà fait. Il n'a aucune utilité fonctionnelle pour les PME modernes et reste actif par défaut sur de nombreuses installations Windows Server 2012 et 2016.
Architecture de segmentation pour PME
Un découpage minimal en quatre zones suffit pour la grande majorité des PME :
- VLAN Utilisateurs (postes de travail) — accès filtré vers les serveurs de production, aucun accès direct aux équipements d'administration
- VLAN Serveurs (fichiers, ERP, base de données) — accès entrant uniquement depuis les VLANs autorisés, sur les ports strictement nécessaires
- VLAN Administration (accès aux interfaces d'admin, RDP, SSH) — réservé aux techniciens IT, accessible uniquement depuis des postes d'administration dédiés ou via VPN avec MFA
- VLAN IoT / Imprimantes — équipements périphériques souvent mal sécurisés, isolés du reste du réseau
pfSense / OPNsense — Firewall open source
pfSense (basé sur FreeBSD) et son fork OPNsense sont les solutions de firewall/routeur open source les plus déployées en PME. Ils permettent de créer des VLANs, des règles de filtrage inter-segments et des tunnels VPN (OpenVPN, WireGuard) sans coût de licence. Une installation typique sur un mini-PC (Protectli Vault, à partir de 300 €) suffit pour protéger une infrastructure de 50 postes. OPNsense intègre nativement un IDS/IPS basé sur Suricata pour détecter les comportements réseau suspects, y compris les patterns de communication typiques des ransomwares (connexions vers des C2 connus, tentatives de scan SMB latéral).
Coût : logiciel gratuit (open source) + matériel 300 à 800 € selon la capacité
Une fois la segmentation en place, activez la journalisation des connexions inter-segments. Ces logs sont précieux lors d'un incident pour reconstituer le chemin de propagation et identifier les systèmes à isoler en priorité. Des outils comme Graylog (open source) ou des solutions SIEM cloud comme Microsoft Sentinel (intégré à Microsoft 365 Business Premium) permettent de centraliser et d'alerter sur ces événements.
Votre PME est-elle réellement protégée contre les ransomwares ?
Nos experts certifiés OSCP évaluent votre exposition réelle aux groupes ransomware actifs en France — sauvegardes, segmentation, endpoints, sensibilisation — et vous remettent un plan de remédiation priorisé sous 48 heures. Totalement gratuit, sans engagement.
Obtenez votre audit de sécurité gratuit4. Étape 3 — Protection des Endpoints : au-delà de l'Antivirus
Windows Defender, activé par défaut sur Windows 10 et 11, offre une protection correcte contre les malwares connus. Mais il est insuffisant face aux techniques d'évasion des ransomwares modernes : living-off-the-land (utilisation d'outils légitimes Windows comme PowerShell ou WMI pour exécuter du code malveillant), chargement de DLL malveillantes, ou encryption en mémoire sans fichier sur disque. Ces techniques sont conçues précisément pour contourner les antivirus basés sur les signatures.
Les solutions EDR (Endpoint Detection and Response) combinent détection comportementale, télémétrie en temps réel et capacité de réponse automatisée (isolation d'un endpoint suspect, kill de processus malveillants, rollback de modifications). C'est le standard minimum pour tout système connecté à votre réseau d'entreprise en 2026.
Solutions EDR adaptées aux PME
SentinelOne Singularity Core
L'une des solutions EDR les plus réputées du marché, avec une détection comportementale basée sur l'IA qui fonctionne même hors connexion. La fonctionnalité Rollback automatique est particulièrement pertinente contre les ransomwares : en cas de détection, SentinelOne peut annuler automatiquement les modifications effectuées par un processus malveillant avant l'isolation. Disponible en mode MSSP (via un partenaire infogérant), ce qui permet à des PME sans équipe SOC d'en bénéficier via surveillance externalisée 24/7.
Coût : à partir de 6 €/endpoint/mois (Core) → 9 €/endpoint/mois (Control avec EDR complet)
Malwarebytes ThreatDown (anciennement Malwarebytes for Teams)
Alternative économique particulièrement adaptée aux TPE et PME de moins de 50 postes. ThreatDown intègre un EDR allégé, une protection anti-ransomware comportementale, et un module de contrôle des applications web. Son interface est simple, ne nécessite pas d'expertise SOC pour la gestion quotidienne, et propose des alertes email claires en cas de détection. Moins complet que SentinelOne sur l'investigation forensique, mais suffisant pour les PME sans équipe IT dédiée.
Coût : à partir de 4,99 €/endpoint/mois (Teams) → 7,99 €/endpoint/mois (EDR)
Microsoft Defender for Business
Inclus dans Microsoft 365 Business Premium (22 € utilisateur/mois), Defender for Business offre des capacités EDR significativement supérieures à Windows Defender standard. Pour les PME déjà sous Microsoft 365, c'est souvent la solution la plus économique car elle n'engendre pas de surcoût. Elle inclut la gestion des vulnérabilités, les recommandations de configuration et l'intégration native avec Azure Sentinel pour les logs centralisés.
Coût : inclus dans Microsoft 365 Business Premium — 22 €/utilisateur/mois
Mesures complémentaires de durcissement des endpoints
- Désactiver PowerShell v2 et restreindre l'exécution de scripts PowerShell aux scripts signés uniquement (
Set-ExecutionPolicy AllSigned) — PowerShell est l'outil living-off-the-land le plus utilisé dans les attaques ransomware - Ne jamais exposer RDP directement sur internet — si l'accès distant est nécessaire, passez systématiquement par un VPN avec MFA. Le port 3389 exposé sur internet est scanné en permanence par des bots à la recherche de credentials faibles
- Gestion des patches automatisée avec des outils comme ManageEngine Patch Manager Plus (gratuit pour 25 endpoints) ou WSUS (intégré à Windows Server) — une CVE corrigée en moins de 48h sur les équipements exposés est l'objectif
- Principe du moindre privilège : aucun utilisateur ne doit travailler au quotidien avec des droits administrateur local. Créez des comptes standards pour l'usage quotidien et des comptes admin séparés pour les tâches d'administration
5. Étape 4 — Formation des Employés : le Maillon Humain
Selon le CERT-FR, 91 % des attaques ransomware commencent par un email de phishing. Un employé qui clique sur un lien malveillant ou ouvre une pièce jointe infectée peut déclencher une chaîne d'infection que vos défenses techniques ne parviendront pas à stopper si elles n'ont pas été mises en place correctement. L'inverse est aussi vrai : un employé formé qui signale un email suspect avant de cliquer peut empêcher l'ensemble de l'incident.
La formation ne se résume pas à un PowerPoint annuel sur "faites attention aux emails suspects". Les programmes de sensibilisation efficaces combinent formation théorique, simulations de phishing régulières et procédures claires de signalement.
Programmes de sensibilisation pour PME
KnowBe4
Leader mondial de la formation en sensibilisation à la sécurité. KnowBe4 propose une bibliothèque de milliers de modules e-learning en français (phishing, ransomware, ingénierie sociale, mots de passe), des simulations de phishing automatisées sur mesure, et des tableaux de bord mesurant l'évolution du "phish-prone percentage" de votre organisation au fil du temps. Les simulations peuvent imiter exactement les techniques utilisées par les groupes actifs (faux emails DocuSign, faux avis de livraison, faux portails Microsoft 365). L'outil permet d'identifier les employés à risque pour des formations ciblées.
Coût : à partir de 18 €/utilisateur/an (Silver) → 25 €/utilisateur/an (Platinum avec PhishER)
Modules ANSSI — Formation gratuite
L'ANSSI propose gratuitement des ressources de sensibilisation en français adaptées aux PME : guides pratiques téléchargeables, vidéos de sensibilisation, quiz interactifs. Le kit de sensibilisation "SecNumacadémie" permet à vos collaborateurs de suivre des formations certifiantes en ligne sans coût. Pour les PME avec budget formation limité, ces ressources constituent un point de départ solide avant d'investir dans une plateforme complète comme KnowBe4.
Coût : entièrement gratuit — disponible sur cyber.gouv.fr
Ce que vos employés doivent apprendre à repérer
- Les signaux d'alerte dans un email : ton d'urgence artificiel ("votre compte sera suspendu dans 24h"), expéditeur dont le domaine ne correspond pas à l'organisation, liens dont l'URL réelle diffère du texte affiché (vérifier au survol)
- Les faux portails de connexion : les attaques par credential harvesting redirigent vers des copies quasi-parfaites de portails Microsoft 365, Google Workspace ou VPN. Former les employés à vérifier systématiquement l'URL avant de saisir des identifiants
- Les appels téléphoniques d'urgence (vishing) : le "prétendu technicien informatique" qui demande un accès à distance ou des identifiants par téléphone est un vecteur d'attaque en forte croissance
- La procédure de signalement : chaque employé doit savoir exactement à qui et comment signaler un email suspect — sans crainte de jugement. Un signalement même "faux positif" est toujours préférable à l'absence de signalement
Organisez des simulations de phishing au moins trimestriellement. Le taux de clic sur les simulations est votre indicateur clé : il doit baisser dans le temps à mesure que la formation produit ses effets. Un taux de clic persistant au-dessus de 15 % après 6 mois de programme indique que la formation n'est pas adaptée ou pas suffisamment fréquente.
6. Étape 5 — Plan de Réponse aux Incidents (PRI)
Le pire moment pour décider de la marche à suivre en cas de ransomware, c'est quand vous êtes en plein dedans. La panique, la pression des employés qui ne peuvent plus travailler, les appels des clients, les notifications des partenaires : tout cela crée un environnement de prise de décision profondément défavorable. Un Plan de Réponse aux Incidents (PRI) documente à l'avance les décisions, contacts et procédures — il transforme le chaos en processus.
Les éléments indispensables d'un PRI ransomware
1. Liste de contacts d'urgence
À imprimer et afficher physiquement — les emails et les fichiers partagés sont peut-être chiffrés.
- Responsable IT interne (mobile personnel, pas email professionnel)
- Prestataire infogérance / MSSP : numéro d'astreinte 24/7
- CERT-FR : 0800 004 119 (numéro vert, gratuit)
- Assureur cyber : numéro de déclaration de sinistre
- Avocat spécialisé données personnelles (pour les obligations RGPD)
- Direction générale / PDG
- Correspondant Informatique et Libertés (DPO) si applicable
2. Procédure d'isolation immédiate
Dès la détection d'un ransomware en cours de chiffrement, chaque minute compte. La procédure d'isolation doit être connue de tous les responsables techniques :
- Débrancher physiquement les câbles réseau des machines affectées (ne pas éteindre — la RAM peut contenir des clés de déchiffrement)
- Couper les connexions VPN actives
- Isoler les segments réseau suspects au niveau du switch/pare-feu
- Désactiver les comptes utilisateurs compromis dans l'Active Directory
- Ne pas redémarrer les systèmes infectés
3. Arbre de décision et obligations légales
Le PRI doit documenter à l'avance la politique de l'entreprise concernant le paiement de la rançon (notre recommandation : ne jamais payer, pour les raisons détaillées dans la section suivante). Il doit également couvrir les obligations légales :
- Notification CNIL sous 72 heures si des données personnelles sont concernées (article 33 RGPD) — à défaut, risque d'amende supplémentaire
- Déclaration aux forces de l'ordre (police ou gendarmerie selon la localisation) — obligation légale et condition souvent requise par les assureurs cyber pour l'indemnisation
- Notification NIS2 pour les entreprises concernées par la directive (secteurs critiques : énergie, transport, santé, eau, infrastructure numérique, services postaux) — délai de 24h pour la notification initiale au CERT-FR
- Communication client et fournisseur : qui communique, quand, avec quel message
Cyber-assurance : ce qu'elle couvre (et ce qu'elle ne couvre pas)
La cyber-assurance couvre généralement les frais de réponse à incident (forensique, remédiation), les pertes d'exploitation pendant l'indisponibilité, les frais de notification des personnes concernées (RGPD), et parfois le montant de la rançon. Elle exclut presque toujours les sinistres résultant d'une négligence avérée (absence de mises à jour, utilisation de logiciels en fin de vie, absence de sauvegardes) et les dommages à des tiers liés à des données que vous étiez censé protéger.
Le marché de la cyber-assurance pour PME en France propose des polices à partir de 2 000 à 5 000 €/an pour des TPE, et 5 000 à 20 000 €/an pour des PME de 50 à 250 salariés selon le secteur et le niveau de couverture. Les assureurs exigent désormais systématiquement un questionnaire de maturité cybersécurité avant souscription et peuvent refuser ou augmenter significativement la prime si les mesures de base (MFA, sauvegardes, EDR) ne sont pas en place.
7. Que Faire si Vous Êtes Déjà Infecté ?
Malgré toutes les précautions, un incident peut survenir. Voici la marche à suivre dans les premières heures critiques, par ordre de priorité absolue.
Isoler immédiatement — ne pas éteindre
Déconnectez physiquement du réseau toutes les machines suspectes (câble et Wi-Fi). Ne les éteignez pas : la RAM contient potentiellement les clés de chiffrement ou des artefacts précieux pour l'analyse forensique. L'extinction définitive les efface. Contactez immédiatement votre prestataire IT d'astreinte.
Appeler le CERT-FR
Le CERT-FR (Centre gouvernemental de veille, d'alerte et de réponse aux attaques informatiques) est joignable au 0800 004 119 (gratuit, 24h/24 pour les urgences). Il peut orienter vers des prestataires de réponse à incident agréés PRIS (Prestataires de Réponse aux Incidents de Sécurité), guider sur les obligations légales de notification, et vérifier si un outil de déchiffrement existe pour le ransomware qui vous affecte.
Consulter No More Ransom avant toute décision
Le projet No More Ransom (nomoreransom.org), initiative conjointe d'Europol, Interpol et des éditeurs de sécurité, met à disposition des déchiffreurs gratuits pour des dizaines de familles ransomware. Avant d'envisager le paiement d'une rançon, vérifiez si votre variant est couvert. Ces outils ont permis à plus de 1,5 million de victimes de récupérer leurs données gratuitement depuis le lancement du projet.
Ne pas payer la rançon
Le paiement ne garantit pas la récupération des données — seulement 65 % des entreprises ayant payé ont effectivement obtenu un déchiffreur fonctionnel selon les données du FBI. Il finance directement les opérations criminelles, encourage de nouvelles attaques contre vous et d'autres victimes, et peut vous exposer à des sanctions si le groupe ciblé est sous embargo international (ce qui est le cas de plusieurs affiliés LockBit). L'ANSSI, Europol et le FBI recommandent unanimement de ne pas payer.
Déposer plainte et notifier la CNIL
Déposez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie (ou sur cybermalveillance.gouv.fr) le plus tôt possible — c'est une condition souvent requise par les assureurs cyber pour déclencher l'indemnisation. Si des données personnelles ont été compromises, notifiez la CNIL dans les 72 heures suivant la découverte de la violation (article 33 RGPD), même si l'étendue exacte n'est pas encore connue — une notification complémentaire peut être faite ultérieurement.
La phase de reconstruction post-incident doit s'effectuer sur des systèmes réinstallés depuis zéro — jamais en "nettoyant" les systèmes infectés. Le ransomware peut avoir déposé des backdoors, des webshells ou des implants persistants que les outils de suppression standard ne détecteront pas. Restaurez vos données depuis la sauvegarde air-gappée sur une infrastructure neuve, puis faites réaliser un audit de sécurité complet avant de retourner en production pour identifier et corriger le vecteur d'entrée initial.
FAQ — Ransomware & PME
Selon le rapport ANSSI 2025-2026, le coût moyen d'une attaque ransomware pour une PME française s'élève à 387 000 € en intégrant la rançon (quand elle est payée), les coûts de remédiation technique, le manque à gagner pendant l'indisponibilité des systèmes (en moyenne 21 jours), les frais juridiques liés aux notifications RGPD et les dommages réputationnels. 60 % des PME victimes d'une attaque ransomware déposent le bilan dans les 18 mois suivant l'incident.
La recommandation officielle de l'ANSSI, d'Europol et du FBI est de ne pas payer la rançon. Le paiement ne garantit pas la récupération des données — seulement 65 % des entreprises ayant payé ont effectivement récupéré leurs fichiers. Il finance les groupes criminels et expose l'entreprise à des sanctions légales si le groupe est sous embargo international. La priorité doit être l'isolation immédiate, le contact du CERT-FR (0800 004 119) et la restauration depuis des sauvegardes saines.
La mesure la plus impactante et la plus urgente est la mise en place d'une stratégie de sauvegarde robuste selon la règle 3-2-1-1 : 3 copies des données, sur 2 supports différents, dont 1 copie hors site, et 1 copie air-gappée (déconnectée physiquement du réseau). Sans sauvegardes testées et fonctionnelles, toutes les autres mesures ne permettent pas la récupération en cas de succès de l'attaque. Veeam Backup & Replication propose une édition communautaire gratuite pour démarrer.
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